XXI-Les non-dupes errent 1973-1974
version rue CB
12 Février 1974 note
(p76->)
BON, EH BIEN J'ESPÉRAIS ... j'ai appris sur le tard
qu'il y avait les vacances de .
. . dites de Mardi gras , justement parce que c'est pas le Mardi gras , alors
j'ai maintenu ma . . . j'ai maintenu ma . . . ma je ne sais pas quoi, mon séminaire,
n'est-ce pas, je l'ai maintenu aujourd'hui parce que j'espérais que grâce à ça
je . . . pourrais peut-être me promener au milieu de vous parce que vous seriez
un peu moins nombreux , et en somme parler un peu avec les gens qui sont censés
m'écouter. Vous êtes moins nombreux, c'est vrai, ce qui d'ailleurs me permet
de le faire, mais enfin , je regrette de ne pas avoir eu cette occasion de
m'exprimer d'une façon un peu plus familière et directe. Voilà.
Là-dessus
. . . là-dessus je
vous annonce que, il vient de sortir une espèce de plaquette comme ça (le
docteur Lacan lance la plaquette dans la salle) , que je vous envoie, il
y a un encart dedans , l'encart est aussi intéressant que la plaquette
, de sorte que
ça va aussi bien si c'est pas les mêmes qui l'ont reçu. Voilà. En principe -
en principe , ça doit passer à la télévision
- donnez l'encart
à quelqu'un d'autre . . . voilà. C'est des questions que Jacques-Alain
Miller a eu la bonté de me poser , dans l'espoir de faire . . . Télévision.
Naturellement , naturellement c'est un espoir tout à fait abusif : il m'a posé
les questions qu'il est capable de me poser à partir de l'idée qu'il se fait
de la télévision. Il m'a posé des questions kantiennes en particulier , comme
si tout le monde était kantien , mais jusqu'à un certain point
c'est vrai,
tout le monde est kantien, de sorte que les questions qu'il
m'a posées m'ont
donné simplement occasion de . . . occasion de répondre au niveau présumé télévision
par Jacques-Alain Miller. Le résultat m'a paru quand même digne d' être
retenu puisque je l'ai fait publier. Voilà.
Alors maintenant, je vais vous parler un peu, aujourd'hui, en essayant de rester
dans le note de ce que j'espérais. Ce que j'espérais vous dire, c'est en
somme, c'était quelque chose, disons, en gros, comme ça, dont la visée,
enfin, vous en ferez le titre que vous voudrez - dont le visée était de vous
dire, vous dire la différence (c'est ça qui me paraît important
(p77->)
dans ce que j'essaie de vous apporter
cette année ) de vous dire la différence qu'il y a entre le vrai et le Réel.
Comme
vous vous en êtes peut-être
aperçus, n'est-ce pas, je me suis avancé cette année à . . . avec vous, je
me suis avancé cette années avec , comme dans La paix chez soi de Courteline
, n'est-ce pas , " le truc d'un côté et le machin de l'autre ",
c'est tout ce qu'elle a réussi à obtenir, la petite bonne femme, en achetant
je ne sais quel lustre , enfin qui justement se met en deux morceaux . . . enfin
, contrairement à elle , mes trois morceaux , à savoir les trois , les
trois ronds consistants dont s'ajuste le noeud borroméen, c'est ce que je tiens
dans la main pour vous parler de ce que les non-dupes errent.
Ca n'a pas l'air d'avoir un rapport
direct, immédiat tout au moins, ça ne saute pas aux yeux. Mais vous savez
peut-être qu'un de ces . . . un de ces trois ronds , je le dénomme , je
le dénomme du Réel, les deux autres étant l'Imaginaire et le
Symbolique, et
que c'est autour de ça que j'essaie de vous faire sentir quelque chose.
Vous faire sentir ceci, d'abord, que
j'ai déjà proféré, mais qui ne vous a pas forcément sauté aux yeux, n-est-ce
pas, c'est que, c'est que justement je les prends sous seulement cet angle
qu'ils sont trois, qu'ils sont trois et également consistants. C'est une première
façon d'aborder, d'aborder ce qu'il en est du Réel. Il est bien certain que le
Réel, c'est ce qui les fait trois, sans que pour
autant ce qui les fait trois soit le troisième. S'ils se rajoutent, ce n'est que pour faire trois. Et
justement ils ne se rajoutent pas . Parce que chacun des trois se rajoute tout
autant sans pour autant , sans pour autant être le troisième . Il n'est là
que parce que les deux autres ne font pas noeud sans trois , si je puis
m'exprimer ainsi.
Et
c'est ce que je voudrais vous dire : c'est que la logique
ne peut se définir que d'être la science du Réel. L'embêtant,
c'est
qu'elle ne parle et qu'elle ne part que du vrai . Elle n'a pas tout
de suite commencé comme ça. Il y avait peut-être , comme tout de même dans
l'ensemble, enfin, vous le savez, il y avait un nommé Aristote qui a frayé la
question . Évidemment, le mot de " vrai ",
,
traîne pas mal dans son machin qu'il a appelé l' Organon et dont on
a fait , depuis, la logique. Lui, frayait , il se débrouillait comme il pouvait
, et l'ennui, actuellement , dans notre affaire avec l'Organon , c'est
que ça ne
peut pas paraître sans que la moitié de la page soit tenue par, disons, des
commentaires de l' Organon , qui ne sont pas du tout à proprement parler
ce qu'on peut appeler commentaires , mais une certaine façon d'organifier sur
l'
Organon , c'est-à-dire de le rendre comestible.
Ça commence à un certain Alexandre, à
un autre qui s'appelle Simplicius , et puis plus tard à un nommé Pacius , et
puis après tout
Ce
serait bien si quelqu'un, si quelqu'un arrivait à faire l'effort, en somme
de lire, de lire par exemple, rien que ceci, qui est le second volume de
cet Organon , à lire ce qu'on appelle
- qu'on appelle , c'est parce qu'on l'a intitulé comme ça, c'est aussi
un titre qui est venu après coup - on appelle ça Les Premiers
Analytiques - arriver à le lire , non pas bien sûr de première
impression , parce que quelqu'un qui le lirait de première impression ,
simplement , n'y comprendrait pas plus que ce que, dans l'ensemble, enfin vous
comprenez á ce que je raconte, c'est-à-dire pas lourd . . . - la
chose absolument qu'il faudrait qu'un jour quelqu'un arrive à faire , c'est
justement à connaître assez bien la différence de ce
que dit Aristote avec ce que nous ont transmis, enfin, ceux qui ont
ressassé le truc, à en voir assez bien la différence pour voir combien
Aristote frayait et comment il frayait et pourquoi pas, même les endroits où
il glissait, où il s'est tordu le pied , où . . . c'est un monde ! Ouais . .
.
I1 est tout à fait clair que je n'en
rajoute pas, là. Ou plutôt que ce que je rajoute, ce serait destiné à, à
proposer, enfin tout au moins une tâche , à savoir jusqu'à quel point , et
dans Aristote, me semble-t-il, on peut saisir, à quel point c'est
un
Dans Aristote, on n'est pas tellement
encombré par le vrai. Il ne parle pas de vrai à propos du prédicat .
Il ânonne
, bien sûr , et à cause de ça on s'est cru tout à fait obligé de faire
pareil , on parle de l'homme, de l'animal, de . . . du vivant, à l'occasion,
et encore , je dis là des choses qui ont tout de suite un vague sens , ça s'emboîte
: l'homme , l'animal, le vivant ; tout animal est vivant , tout homme est animal
, moyennant quoi tout homme sera vivant . . . ouais . . . I1 est tout à fait
clair dès ce départ , comme la suite d'ailleurs l'a bien montré, que tout ça
ne veut rien dire. En d'autres termes, que le vrai, dans l'affaire, est tout à
fait hors de saison , déplacé .
Et
ce qui le rend tangible, ce qui le rend tangible, c'est que c'est . . .
ces cases , n'est-ce pas , ces . . . qu'il remplit comme il peut avec ces
, par exemple ces trois mots que je viens de dire : homme, animal , et
vivant , n'est-ce pas - il peut aussi bien mettre n'importe quoi, n'est-ce
pas , le cygne, le noir . . . enfin n'importe quoi d'autre , le blanc .
. . le blanc traîne partout , on ne sait
pas quoi en faire - il est rendu manifeste dans ce que j'ai appelé son
frayage, que ces termes , tout son effort , est justement de pouvoir s'en passer
: c'est-à-dire qu'il les vide de sens , et il les vide de sens
est b . . . non , tout b
est
,
moyennant quoi tout a sera
. En d'autres termes , il procédera de la
façon à pouvoir qualifier deux de ces termes, ceux qui font le joint , de
moyens , moyennant quoi il pourra établir une relation entre les deux extrêmes. C'est
en cela qu'au départ , dès le départ, se touche qu'il ne s'agit pas
du vrai. Car peu importe que tel animal soit blanc ou pas , chacun sait qu'il
y a des cygnes noirs - des cygnes , c, y, g, n, e, s - l'important
est que quelque chose soit articulé grâce à quoi s'introduit comme tel le Réel.
Ce
n'est pas pour rien que, dans le syllogisme, il y a trois termes : les
deux extrêmes, et le moyen. C'est qu'en
fin de compte je dis " en fin de compte " parce que ce n'est qu'un
premier essai tout se passe comme s'il avait quelque chose
comme un pressentiment du noeud borroméen . C'est à savoir que tout
de suite il touche du doigt à partir du moment où il aborde le Réel, qu'il faut
qu'il y en ait trois . Évidemment , ces trois , il les manie tout de
travers , c'est à savoir
qu'il s'imagine qu'ils tiennent ensemble deux par deux. C'est une erreur. Il
s'imagine qu'ils tiennent ensemble deux par deux , et même , jusqu'à un
certain point , on peut traduire la chose en disant qu'il
les fait concentriques. A savoir qu'il y a la sphère des vivants, par
exemple, puis à
l'intérieur, la sphère des animaux - la sphère ou le rond -
et puis à l'intérieur encore la sphère des hommes. C'est ce qu'on appelle
" le traduire en extension ". Naturellement, on s'y est employé, parce
qu'on en est aussi embarrassé que d'un terme dont je me sers beaucoup , mais
ce n'est pas sans raison d'être : on en est embarrassé comme le poisson d'une
pomme .
Pour
vous délasser
- je fais ici
une franche parenthèse, ça n'a rien à faire avec Aristote, parce qu'Aristote,
de
ça n'a pas la moindre espèce d'idée . . . Moi, je suis embarrassé, par
exemple, de votre nombre, tout à fait comme un poisson d'une pomme. Et pourtant il y a
d'autres moments où je vous dis que les rapports de mon
dire avec, enfin, cette assistance, justement, dont je ne sais que faire , sont
de l'ordre des rapports de l'homme avec une femme. Je vous ferai remarquer ceci, comme ça que j'ai
trouvé ce matin , ça m'a sauté aux yeux , que . . . eh bien , que c'est déjà
dans la Genèse. Ce que nous indique la Genèse par l'offre d'Eve, ce n'est rien
d'autre que ceci : que l'homme - là, il y a un flottement à ce
moment - là, c'est la femme , mais comme je vous l'ai dit , la femme
n'existe pas , n'est-ce pas , mais de même qu'Aristote, enfin vasouille
un peu, on ne voit pas pourquoi la Genèse, quoiqu'inspirée , en aurait fait
moins , et que cette offre de la pomme soit très exactement ce que je
dis, à
savoir qu'il n'y a
Ceci est une parenthèse, revenons à
Aristote.
Aristote, quoi ? montre bien que le
vrai, c'est pas du tout ça qui est en jeu. Grâce au fait qu'il se fraye, qu'il
fraye l'affaire de cette science que j'appelle du Réel - du Réel,
c'est-à-dire du trois, du même coup il démontre qu'il n'arrive au trois
qu'en frayant les choses au moyen de l'écrit, à savoir que dès les premiers
pas dans le syllogisme, c'est parce qu'il vide ces termes de tout sens en les
transformant , en les transformant en lettres c'est-à-dire en des
choses qui par elles-mêmes ne veulent rien dire, c'est comme ça qu'il
fait les premiers pas dans ce que j'ai appelé : la science du Réel.
Qu'est-ce que la logique ainsi conçue,
attrapée par ce bout là, qu'est-ce que la logique a à faire dans le
discours analytique?
Ce par quoi vous
êtes en somme, pour ma
plainte, si nombreux à m'entendre, c'est dans la mesure où ce
que je véhicule,
c'est ce qui se dégage du discours analytique . Dans le discours analytique les
choses procèdent d'une façon différente - et c'est pourquoi vous êtes
là - pour autant que, ici, je le prolonge, ce qui fait le corps de ce que
je dis, c'est tout à fait autre chose que ce sur quoi, jusqu'à présent , on a
fondé une logique , c'est-à-dire des dits . Des dits qu'on
manipule . Aristote le fait , mais comme je viens de vous le dire , la
caractéristique
de son pas c'est de vider ces dits de leur sens. Et
c'est par là qu'il nous
donne l'idée de la dimension du Réel. Il n'y a
pas de voie pour tracer les voies de la logique, sinon de passer par l'écrit. C'est ce qu'Aristote démontre
dès ses premiers pas , et c'est en quoi l'écrit se montre d'une autre
dimension que le dire.
Par
contre , ce qui vous retient , ce qui vous agite , et ce qui agitera sans
doute de plus en plus , c'est que le d i r e v r a i , c'est tout
autre chose . Le dire vrai , c'est si je puis dire la
rainure , c'est ce qui définit , la rainure par où passe ce qui . .
. ce qu'il faut bien qu'il supplée à l'absence, à l'impossibilité d'écrire, d'écrire
comme tel le rapport sexuel. Si le Réel est bien ce que je dis , à savoir : ce
qui ne se fraye que par l'écrire , c'est bien ce qui justifie que j'avance
que le trou , le trou que fera , que fait,
Il y a des canalicules, il y a des
choses qui font chicane, il y a des trucs où on se perd, mais où on se
perd de façon telle que c'est là proprement ce qui constitue la métaphore
dite du labyrinthe , on en arrive jamais au bout - mais l'important n'est
pas là, c'est de démontrer pourquoi on n'en arrive jamais au bout ,
c'est-à-dire de serrer de près ce qui se passe quand il s'agit ,
tout ce par quoi nous touchons au Réel, de ce qui sans doute fait que du Réel,
nous avons , comme tel , une idée propre et distincte - le Réel c'est ce
qui se détermine de ce que ne puisse pas d'aucune façon s'y écrire le rapport
sexuel.
Et c'est de là que résulte ce qu'il en
est du dire vrai, tout au moins ce que nous démontre la pratique du discours
analytique , c'est que c'est à dire vrai - c'est-à-dire des
conneries , celles qui nous viennent , celles qui nous jutent comme ça - qu'on arrive à frayer la voie vers quelque chose dont ce n'est que tout à fait
contingent que quelquefois et par erreur, ça cesse de ne pas s'écrire , comme
je définis le contingent , à savoir que ça mène , entre deux sujets, à établir
quelque chose qui a l' a i r de s'écrire comme ça : d'où l'importance que
je donne à ce que j'ai dit de la lettre d'(a)mur.
Cette
distinction qui spécifie le
discours analytique, qui m'a permis de le discerner parmi quatre autres qui étaient
là parce que . . . ils ont bien l'air, comme ça, de vivre, et non seulement
ils ont l'air, mais ils sont infiniment plus robustes que le
discours analytique qui a encore tout à faire quant à son frayage. Le discours analytique , non
seulement réserve la place de la vérité , mais il est à proprement parler ce
qui permet de dire ce qui, pour ce qui est du rapport sexuel, y coule, remplit
la rainure. C'est tout à fait important . C'est tout à fait important parce
que ça change complètement le sens de ce dire vrai que je viens d'abord de
poser comme distinct de toute science du Réel. Ça en change complètement le
sens, parce que, comme je viens de le dire, pour une fois, cette rainure n'est
pas vide : il y passe quelque chose.
Si certains d'entre vous se souviennent
de ce que j'ai avancé, structuré , comme le discours du
maître , ils peuvent y
lire , s'ils sont capables de lire quelque chose, ils peuvent y lire que la vérité
du maître , ça n'est rien d'autre que le sujet . Pour les sourds , je rappelle
que le discours du maître c'est ça : avec ici deux flèches et ici deux flèches
comme ça, et ici rien du tout
(p82->)
Ce sur quoi repose le discours du maître
, c'est ce que j'ai appelé
, S
indice 1 . Autrement dit : le commandement ,
l'impératif le discours du maître est là. Et pour un bout de temps.
Simplement parce que, parce que le signifiant existe. Parce que
c'est-à-dire
le signifiant 1, ça n'est rien d'autre que le fait que le signifiant, il y en a
des tas , mais qu'ils sont tous un quelconque. Et c'est tout ce sur quoi repose
l'existence du Un : c'est qu'il y a du signifiant, et que chacun n'est pas
unique, mais tout seul, ce qui n'est pas tout à fait la même chose .
C'est
justement parce qu'il n'y a pas deux . . . deux quoi ? deux êtres parlants
qui puissent se conjoindre, faire deux, c'est justement pour ça qu'il y
a des signifiants, c'est-à-dire
qu'ils parlent. Et ce que démontre le discours analytique, c'est que ce qui se
passe quand à la place de ceux qui pourraient être sujets , sujets de quelque
chose , du rapport sexuel , quand à leur place il y a deux signifiants, eh bien
c'est ça, et c'est rien d'autre, qui coule dans ce que j'ai appelé " la
rainure du dire vrai ".
Pour ça
, il faut que le
,
il faut que le
n'ait
rien à faire avec le dire vrai. Autrement dit : que le
soit
réel. Et si vous me suivez dans ce que j'ai tenté de frayer, dans mes
premiers vagissements, dans ce séminaire, vous concevrez que le
,
c'est ça
que j'ai écrit dans mon schème du discours analytique , que le
c'est à
savoir le savoir en tant qu'inconscient, c'est ça qui coule dans la rainure du
dire vrai. Ça ne dit pas rien, ce que je suis en train de vous raconter ! Ca
veut dire que c'est un Réel , il y a du savoir qu'il y a beau n'y avoir
aucun sujet qui le sache , il reste être du Réel. C'est un dépôt . C'est
un sédiment
qui se produit chez chacun quand il commence à aborder ce rapport sexuel
auquel bien sûr il n'arrivera jamais , quelque éducation qu'on lui donne,
parce que s'il y a bien quelque chose qui n'améliorera en rien la situation ,
la situation du rapport , c'est bien tout ce qu'on peut leur déconner sur le
sujet de ce que ce rapport serait , soi-disant .
I1
n'en restera pas moins que c'est par
des biais tout à fait incidents qu'entrera pour lui ce qui fait le trois , à
savoir le Réel . Parce que, bien sûr, Dieu merci, quand il commence, l'être
parlant, il n'a pas la moindre idée qu'il est un sujet. Il compte un et deux
, ce que vous voudrez , mais pas lui , et comme trois , il y mettra tout ce qu'on
voudra , enfin , voire ce qui maquille les deux autres , à savoir lui-même
, l'enfant , comme qui dirait . C'est un bon prétexte , à faire entrer le Réel
tout en le voilant complètement : ce n'est qu'un enfant , le Réel ; si ce
n'est pas l'enfant lui-même , ce sera n'importe quel tiers ,
ce sera la tante Yvonne , enfin , n'est-ce pas , ou n'importe quoi d'autre .
. . le grand-père Machin : du moment que ça fait trois, tout est bon pour
ne pas s'apercevoir qu'il ne s'agit que de trois comme Réel.
Moyennant quoi il y a des choses qui, par la tante Yvonne , par le grand-père
Machin ou par l'enfant lui-méme, à savoir son pathétique, à savoir
I1
y aura tout de même quelque chose
qui s'imprimera, c'est-à-dire non pas trois, parce que le
trois est toujours voilé par quelque côté, le trois se dérobe, le trois
c'est le support, il y aura
, S indice 2 , deux S , deux signifiants grand S qui
s'imprimeront , et qui donneront , selon la voie du pur hasard , à savoir de
ce qui, avant tout, clochait dans ces rapports avec ceux qui étaient là pour
présider
à ce qu'on appelle son éducation , sa formation, il se formera ce savoir, ce
savoir indélébile et en même temps absolument pas subjectivé, il se formera
ce savoir réel, là imprimé quelque part, imprimé tout comme dans Aristote
l'alpha, le bêta et le gamma, et c'est ça qui sera l'inconscient, et il n'aura
rien d'autre , hein, comme disait le personnage qui passait à la douane,
disant : " ça c'est la nourriture pour ma chèvre ", à la suite de
quoi le douanier lui disait : " Écoutez, c'est étonnant, parce que c'est
des bretelles, enfin . . . ! " - l'autre lui répondait " Enfin, c'est
comme ça, et si elle n'a pas ça, elle n'aura rien d'autre . . . ", mais
c'est pareil pour le savoir inconscient : comme vérité, il n'aura rien d'autre
que ces bretelles.
Le
savoir inconscient - c'est de ça qu'il s'agit de faire le joint pour que
le dire vrai réussisse à quelque
chose, c'est-à-dire réussisse à se faire entendre quelque part
pour suppléer à l'absence de tout rapport entre l'homme et une femme (
des , pas toutes ). Voilà la distance, la différence qu'il y a entre le dire
vrai et la science du Réel. C'est pour ça que pour ce qui est de
traiter l'inconscient, nous en sommes beaucoup plus près à manipuler la logique
que toute autre chose, parce que c'est du même ordre. C'est
de l'ordre de l'écrit,
comme je vous le fais remarquer ; d'ailleurs le grand frayeur du discours
analytique , Freud lui-même , n'a pas pu l'éliminer , car quand
il donne ses petits schémas, n'est-ce pas, dans . . . dans ses esquisses , celles
par lesquelles il a essayé de comprendre ce que ça pouvait
bien être que le
savoir de l'hystérique, eh bien qu' est-ce qu'il fait ?
Il ne fait exactement rien d'autre que ça, à savoir ces petits points
et ces petites flèches,
ces modes d'écrit grâce à quoi il rend compte - il croit rendre compte - de quelque
chose qui était vieux comme le monde, à savoir
l'anamnèse,
il est évident que depuis longtemps on considère l'anamnèse comme une
marque , comme une impression , il faut aussi bien dire que c'est
tout à fait
flottant et insuffisant.
Là le
cher Freud confirme en quelque sorte que c'est bien de ça qu'il s'agit,
quand il s'agit du Réel, qu'il s'agit
de quelque chose qui s'écrit, quelque chose qui s'écrit qu'il s'agit de lire,
de lire en le déchiffrant, et qu'est-ce que ça veut dire ? Ça ne veut
rien dire que ce quelque chose qui, en le - si je puis dire en
1e réanimant
dans le sens de ce quelque chose , de ce quelque chose qui
fait barrage à tout
essai de déboucher sur le rapport proprement dit, en
le réanimant grâce à ce
quelque chose qui
Je
pense bien sûr là de ce qui
s'obtient par la bonne voie , par le discours analytique , parce que , il faut
bien dire que ce souci de la vérité n'est nécessité que dans des cas tout à
fait rares, ceux pour lesquels l'aide du discours analytique que j'ai dit
s'impose , dans les autres discours , c'est beaucoup plus aisé à obtenir .
Dans le discours du maître , voire pourquoi pas dans le discours universitaire,
hein . . . Dans le discours de l'hystérique, hein, ça fait rêver , un noeud.
. . Mais , dans les deux autres vieux discours, le roi et la reine, mais, ça
va tout seul ? Il suffit d'être roi et d'être reine pour s'entendre. C'est même
impensable qu'ils ne s'entendent pas. Bien sûr, ça n'a rien à faire avec la vérité
du rapport sexuel , mais l'important c'est pas ça , hein , c'est que ça y
supplée .
Alors, parce que
dans des cas le savoir
inconscient est boiteux - non seulement il est boiteux , mais il fait
nettement obstacle à ce que le rapport sexuel s'établisse. Alors, dans ces
cas-là, on a affaire à la nécessité de passer par le discours
analytique, à savoir on a besoin du dire vrai, et surtout un peu de soupçonner
quelles mauvaises fréquentations a le dire vrai. A savoir que tout ce qui vient
troubler , perturber le discours , mon Dieu calme et tranquille , auquel
normalement nous avons affaire , qui fonde la normale , à savoir que ce qui
vient troubler ces discours parfaitement bien établis , ça ne sort jamais que
des cas , des cas où on a besoin , en somme d'une psychanalyse , c'est-à-dire
des cas de vérité .
Ca ne les réduit pas à l'indignité,
ce que je vous dis : qu'ils ne soient pas normaux - c'est qu'ils ont avec
la vérité une espèce de . . . une espèce , comme ça , de parenté , qui
tient au fait qu'ils sont dans le joint où ça ne marche pas pour un seul Réel,
à savoir ce qu'il en est du rapport dit sexuel.
Il est donc bien entendu - je me livre là, comme ça à des remarques qui me semblent utiles à vous faire pour que vous ne fassiez pas d'erreurs - il est donc bien entendu que le discours analytique ne consiste pas du tout à faire rentrer ce qui ne va pas , ce qui ne va pas dans le discours normal , hein , dont je viens de désigner deux . C'est pas du tout de ça qu'il s'agit , il ne s'agit pas du tout de les y faire rentrer, c'est simplement de noter que le discours qui ne procède que par le dire vrai, c'est justement (p85->) ce, ce qui ne va pas, comme ça s'est toujours démontré, il suffit que quelqu'un fasse un effort, pour dire vrai, pour que ça dérange tout le monde - je restitue là simplement les choses à leur contexte.
Ce
que je veux simplement vous faire remarquer : c'est en constituant cette
faille, cette faille du dire vrai avec la science du Réel, en la reconstituant
pour ce qu'elle vaut, en la reconstituant
à la place même où elle se situe, je ne ferme là, bien loin de là , aucun
système du monde , bien au contraire . Pour qu'un système du monde existe,
il n'y a qu'un seul moyen , n'est-ce pas , c'est . . . c'est d'y faire des
suppositions . Ce qu'il y a de . . . de plein d'arêtes - je veux dire de
stimulant - dans un discours comme celui d'Aristote ( qui n'était sûrement
pas un idiot, ni même un con ) , ce qu'il y a de stupéfiant , c'est que y a pas
de texte où ce soit plus clair, ce qu'on appelle " supposition ".
Cette
distinction que je viens de vous articuler aujourd'hui, entre le dire vrai
et la science du Réel, j'ai appelé
ça comme ça, j'ai appelé ça comme j'ai pu : le dire vrai,
il est là, c'est
ce que j'essaye de faire, la science du Réel, c'est ce quelque chose qui est
la logique, et qui, aussi tient debout, n'est-ce pas, qui tient debout
pour ceux qui savent, bien sûr, s'y retrouver. La distinction est quelque part,
je peux vous montrer où, quelque part dans Les Premiers Analytiques ,
hein : I -37 , là, ouais . . . 37 , . . . non , c'est au . . . si vous prenez
le repérage
sur les manuscrits , n'est-ce pas , c'est vers la septième ligne de la
page des manuscrits de ce qui est numéroté par le 49 a. Bon, le 37 c'est la
division de la traduction. Il s'agit des DIFFÉRENTES ESPÈCES D'ATTRIBUTION ,
des expressions... Non, ce n'est pas ça , c'est plus loin . . . Ah
" Il
faut aussi opérer l'échange
des . . . ( c'est plus loin, n'est-ce pas, c'est au 49 b
, au contraire ) il
faut aussi opérer l'échange des termes de valeur identique , mots pour mots ,
locutions pour locutions, mot et locution l'un pour l'autre, et toujours préférer
un mot à une locution pour faciliter ainsi l'exposition des termes. "
(II n'a l'air de parler que de sa petite
affaire. Mais c'est quand il donne un exemple. . . )
" Par exemple , il n'y a aucune
différence entre dire . . . "
(et alors à ce propos-là il dit quelque chose de vrai, mais, si je puis dire, c'est bien un hasard, vous allez voir ce qu'il dit de vrai )
" .
. . entre dire
l'objet de la
supposition n'est pas le genre de l'objet de l'opinion et dire l'objet
de l'opinion n'est identique avec un certain objet de supposition (car le
sens est le même dans les deux jugements) , au lieu de la locution énoncée, il
vaut mieux poser comme termes . . . "
(p86->)
(en
les bloquant... et ça c'est ce qu'il appelle
c'est-à-dire
" . . il vaut mieux poser comme
termes : l'objet de la supposition et l'objet de l'opinion . "
je
vous demande pardon, je suis fatigué. . . )
Qu'est-ce que c'est, que l'objet de
l'opinion ?
Ben , l'objet de l'opinion , c'est ce
qui marche . L'opinion , elle est aussi vraie que quelque chose d'autre.
L'opinion vraie, c'est
Dans l'ordre du Réel, nous sommes tout
le temps forcés de supposer. Nous sommes forcés de supposer, enfin, les choses
les plus folles : l' esprit, la matière, aussi, quelquefois, et même quelques
autres histoires du même genre, n'est-ce pas, qui sont heureusement un
tout petit peu plus rapprochées de nous, mais qui n'en sont pas moins
suppositionnelles. J'essaie ici de procéder par une voie où je ne fasse pas de
suppositions , où je ne soupçonne rien d'être suspect . Puisque la
supposition , ça a ce versant-là. Oui . . . Dans Aristote, il appelle ça l'
(espace blanc) quelquefois, mais là,
dans ce cas-là, c'est quelque
chose qu'on ne peut traduire en latin que par suspicabile , c'est : ,
c'est " le soupçonnable ".
Bien sûr, le soupçonnable, c'est très
respectable, comme le reste , n'est-ce pas , c'est ce qu'il nous faut soupçonner
comme étant Réel, et ça mène très loin, ça mène à toutes sortes de
constructions . L'important serait peut-être d'en rester à ce que seule
permet d'affirmer la science du Réel, à savoir que le noyau de tout ça c'est
avant tout la logique , c'est-à-dire ce qui n'a jamais réussi à
avancer d'un pas , d'un quart de pas , d'un bout de nez de pas , hein , que par
l'écrit . Ce qui est quand même quelque chose.
Bon , je vous ai raconté ça , et puis
je vous ai fait là mon noeud borroméen , il faut bien que vous vous
imaginiez que ce noeud borroméen-là, c'est si je puis dire le seul qui . . .
qui se présente décemment, si je puis dire .
Le
fait que, le fait que le caractère fallacieux de la surface, n'est-ce-pas
, est démontré par ceci, que
quand vous essayez de la rejoindre avec cet appareil qui est là,
vous obtenez, ce qui constitue le - depuis quelques temps,
enfin, je pense pour vous - le
Oui,
c'est pas tout à fait ce que
j'avais prévu, enfin, de vous raconter aujourd'hui, mais puisqu'après tout
j'avais envie de . . . d'improviser, je me suis laissé entraîner, comme ça, à
vous dire d'autres choses, ça a une suite, bien sûr, ça aura une suite la
prochaine fois , je voudrais tout de même vous faire remarquer qu'il y a des
points dans Les Premiers Analytiques , par exemple, entre autres - il y en
a d'autres, il y a des points de la logique , il y a des points de l' Organon
- où nous voyons tout d'un coup qu'Aristote lui-même , qui savait
rudement bien ce qu'il faisait, n'est pas sans achopper. Je veux dire sans
laisser sortir ce qui , en fin de compte , le tracasse comme tout le monde .
Il
y a une histoire par là, il faudra que je vous retrouve ça, " et
de ce qui s'en déduit
que " tout A est
". Il
Il
faut vous dire que je vous ai épargné
ceci, c'est à quel point, c'est à quel point l'usage du terme
" appartenir à ", fait problème. Parce que dans la définition de
l'Universelle, il est tout à fait hors de question de donner un sens univoque
à cet " appartenir à " . Il est impossible de savoir d'une façon
univoque si le sujet appartient au prédicat ou si le prédicat appartient au
sujet . C'est selon les passages . Il ne se peut pas , bien sûr , que quelqu'un
d'aussi vigilant que devait être Aristote ne s'en soit pas aperçu .
Quoiqu'il en soit dans ce chapitre, ce
tout petit chapitre qui est bien instructif, on voit par progression - et
par cette progression qui consiste à ce que, d'êtres universels bien définis,
il passe à tous les êtres - il est très singulier que ce soit à propos
de ça , que sorte , que sorte mais comme une irruption , le passage suivant
" Si
donc ( textuel ) tout amant, en
vertu de son amour, préfère A ( c'est pas " préférer à ", hein,
c'est le " A " écrit aller
ensemble) sans toutefois les lui accorder (ce que nous figurons par
)
( c'est donc non
, pour
appeler ça par son nom : il ne couche pas avec lui ) plutôt que de voir
l'aimé
lui accorder ses faveurs ( ce qui est figuré par
) . . . "
. . . C'est merveilleux.
Donc
, . . . qu'est-ce que nous
avions dit , ça , ça le . . . comment , ? ...ah ! oui !
" C'est
donc ( d'abord ) de ne pas les
lui accorder, plutôt que de voir . . . etc. ". Bon. Bon, alors il est évident
que c'est à dire d'être disposé , ce qui passe pour Aristote pour l'aimer, n'est-ce
pas - il est évident que l'objet de l'amour A, c'est être
aimé , être disposé à lui accorder ses faveurs , c'est ce que , dans
Aristote , et parfaitement désigné dans ce texte ( je vous prie de vous y reporter
) se dit
,
Bon , aimer , c'est donc
Il
s'agit pour lui de démontrer ceci :
après ce passage concernant toute la conversion, et tout à fait spécialement
la conversion (p89->) des
prédicats
qui concernent tout être il s'agit que si on part de ceci, n'est-ce
pas , que la conjonction de cet A avec ce B , c'est-à-dire être
aimé par le partenaire - partenaire qui ne vous
pas ses faveurs - si on pose que
vaut
moins que le
,
cette bonne disposition qui témoigne d'être
aimé . Le surgissement , à
dont
il s'agit , à savoir d'une jouissance
en
est assurément quelque chose comme
Et ce sur
quoi je voudrais conclure est ceci, n'est-ce pas, que pour autant que c'est
autour de cet x qui s'appelle le phallus que continue à tourner - à
tourner que parce que c'en est à la fois la cause et le masque - la
non-existence du rapport sexuel, j'annonce, si je puis dire le thème de
mon prochain séminaire : pour ce qui en est de l'homme - et d'abord quand
je dis l'homme , je l'écris avec un grand L , à savoir qu'il
y a un tout-homme - pour l'homme, l'amour, j'entends, ce qui s'accroche, ce
qui se situe dans la catégorie de l'Imaginaire, pour l'homme,
l'amour ça va
sans dire. L'amour ça va sans dire parce qu'il
lui suffit de sa jouissance , et
c'est d'ailleurs très exactement pour ça qu'il n'y comprend rien.
(p90->)
Mais pour
une femme , il faut prendre les choses par un autre biais, n'est-ce pas .
Si pour l'homme ça va sans dire parce que la jouissance couvre tout , et y
compris justement qu'il n'y a pas de problème concernant ce qu'il en est de
l'amour, la jouissance de la femme - et c'est là-dessus que je
terminerai aujourd'hui - la jouissance de la femme, elle,
ne va pas sans dire, c'est-à-dire
note :
bien que relu, si vous découvrez des erreurs manifestes dans ce séminaire, ou
si vous souhaitez une précision sur le texte, je vous remercie par avance
de m'adresser un émail. Haut
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