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  Séminaires de Jacques Lacan,
Ci-dessous présentation par Jacques Alain Miller,

Résumé Lacan,
in É ou AÉ

autres
           
I

Les écrits techniques de Freud,

1953-1954

Le maître interrompt le silence par n'importe quoi, un sarcasme, un coup de pied. C'est ainsi que procède dans la recherche du sens un maître bouddhiste, selon la technique zen, car il appartient aux élèves eux-mêmes de chercher la réponse à leurs propres questions. Le maître n'enseigne pas ex cathedra une science toute faite, il apporte la réponse quand les élèves sont sur le point de la trouver. Cet enseignement est un refus de tout système. Il découvre une pensée en mouvement - prête néanmoins au système, car elle présente nécessairement une face dogmatique. La pensée de Freud est la plus perpétuellement ouverte à la révision. C'est une erreur de la réduire à des mots usés. Chaque notion y possède sa vie propre. C'est ce qu'on appelle précisément la dialectique.
["Le moment de la résistance","La topique de l'imaginaire","Au-delà de la psychologie","Les impasses de Michaël Balint","La parole dans le transfert"]

 
Intro
Ph. Benichou,
II

La moi dans la théorie de Freud et dans la technique psychanalytique,

1954-1955

J'ai trouvé à votre usage une très curieuse ordonnance de 1277. A ces époques de ténèbres et de foi, on était forcé de réprimer les gens qui, sur les bancs de l'école, en Sorbonne et ailleurs, blasphémaient ouvertement pendant la messe le nom de Jésus et de Marie. Vous ne faites plus ça. J'ai connu quant à moi des gens fort surréalistes qui se seraient fait pendre plutôt que de publier un poème blasphématoire contre la Vierge, parce qu'ils pensaient qu'il pourrait quand même leur en arriver quelque chose.

Les punitions les plus sévères étaient édictées contre ceux qui jouaient aux dés pendant le saint sacrifice. Ces choses me semblent suggérer l'existence d'une dimension d'efficace qui manque singulièrement à notre époque. Et ce n'est pas pour rien que je vous fais jouer au jeu de pair ou impair. (...)

C'est avec le symbolisme, c'est de ce dé qui roule que surgit le désir. Je ne dis pas désir humain car, en fin de compte, l'homme qui joue avec le dé est captif du désir ainsi mis en jeu. Il ne sait pas l'origine de son désir, roulant avec le symbole écrit sur les six faces.

 
Intro,
Anicette Sangnier,
III

Les psychoses,

1955-1956

 

Que peut vouloir dire être père ? Vous connaissez les discussions savantes dans lesquelles on entre aussitôt, ethnologiques ou autres, pour savoir si les sauvages qui disent que les femmes conçoivent quand elles sont placées à tel endroit ont bien la notion scientifique que les femmes deviennent fécondes quand elles ont dûment copulé. Ces interrogations sont tout de même apparues à plusieurs comme participant d'une niaiserie parfaite, car il est difficile de concevoir des animaux humains assez abrutis pour ne pas s'apercevoir que, quand on veut avoir des gosses, il faut copuler. La question n'est pas là. La question est que la sommation de ces faits - copuler avec une femme, qu'elle porte ensuite quelque chose pendant un certain temps dans son ventre, que ce produit finisse par être éjecté - n'aboutira jamais à constituer la notion de ce que c'est qu'être père, je parle simplement de ce que c'est qu'être père au sens de procréer.

 
Intro,
Valerie Pera Guillot,
IV

La relation d'objet,

1956-1957

Cette mère inassouvie, insatisfaite, autour de laquelle se construit toute la montée de l'enfant dans le chemin du narcissisme, c'est quelqu'un de réel, elle est là, et comme tous les êtres inassouvis, elle cherche ce qu'elle va dévorer, quaerens quem devoret. Ce que l'enfant lui-même a trouvé autrefois pour écraser son inassouvissement symbolique, il le retrouve possiblement devant lui comme une gueule ouverte. [...] Voilà le grand danger que nous révèlent ses fantasmes, être dévoré. [...] il nous donne la forme essentielle sous laquelle se présente la phobie. Nous rencontrons cela dans les craintes du petit Hans. [...] Avec le support de ce que je viens de vous apporter aujourd'hui, vous verrez mieux les relations de la phobie et de la perversion. [...] J'irai jusqu'à dire que le cas du petit Hans, vous l'interpréterez mieux que Freud n'a pu le faire. (Extrait du chapitre XI) La castration, ce n'est pas pour rien qu'on s'est aperçu, de façon ténébreuse, qu'elle avait tout autant de rapport avec la mère qu'avec le père. La castration maternelle - nous le voyons dans la description de la situation primitive - implique pour l'enfant la possibilité de la dévoration et de la morsure. Il y a antériorité de la castration maternelle, et la castration paternelle en est un substitut. (Extrait du chapitre XXI) (Dans le cas du petit Hans) la transformation qui s'avérera décisive [est] celle de la morsure en dévissage de la baignoire. D'ici à là, le rapport des personnages change du tout au tout. Ce n'est pas pareil, que de mordre goulûment la mère, appréhension de sa signification naturelle, voire de craindre en retour cette fameuse morsure qu'incarne le cheval - ou de dévisser la mère, de la déboulonner, de la mobiliser dans cette affaire, de faire qu'elle entre elle aussi dans l'ensemble du système, et, pour la première fois, comme un élément mobile et, du même coup, équivalent aux autres. (Extrait du chapitre XXIII)

 
Intro,
Jacques Borie,
V

Les formations de l'inconscient,

1957-1958

 

Le Witz est ce que l'on a traduit par trait d'esprit. On a dit aussi mot d'esprit, je passe sur les raisons pour lesquelles je préfère la première traduction. Mais le Witz veut aussi dire l'esprit. Ce terme se présente tout de suite à nous dans une extrême ambiguïté. Il convient de laisser à l'esprit toutes ses ambiguïtés, jusques et y compris l'esprit au sens large, qui sert trop souvent de pavillon à des marchandises douteuses, l'esprit du spiritualisme. Mais la notion de l'esprit n'en a pas moins un centre de gravité, qui gît pour nous dans l'esprit au sens où l'on parle d'un homme spirituel, et ce, bien qu'il n'ait pas excessivement bonne réputation. L'esprit, nous le centrerons sur le trait d'esprit, c'est-à-dire sur ce qui paraît en lui le plus contingent, le plus caduc, le plus offert à la critique. Il est bien dans le génie de la psychanalyse que de faire des choses comme cela. (Extraits du chapitre 1)

 
Intro,
Myriam Mitelman
VI

Le desir et son interprétation,

1958-1959

Que montre Lacan ? Que le désir n’est pas une fonction biologique ; qu’il n’est pas coordonné à un objet naturel ; que son objet est fantasmatique. De ce fait, le désir est extravagant. Il est insaisissable à qui veut le maîtriser. Il vous joue des tours. Mais aussi, s’il n’est pas reconnu, il fabrique du symptôme. Dans une analyse, il s’agit d’interpréter, c’est-à-dire de lire dans le symptôme le message de désir qu’il recèle.

Si le désir déroute, il suscite en contrepartie l’invention d’artifices jouant le rôle de boussole. Une espèce animale a sa boussole naturelle, qui est unique. Dans l’espèce humaine, les boussoles sont multiples : ce sont des montages signifiants, des discours. Ils disent ce qu’il faut faire : comment penser, comment jouir, comment se reproduire. Cependant, le fantasme de chacun demeure irréductible aux idéaux communs.
Jusqu’à une époque récente, nos boussoles, si diverses qu’elles soient, indiquaient toutes le même nord : le Père. On croyait le patriarcat un invariant anthropologique. Son déclin s’est accéléré avec l’égalité des conditions, la montée en puissance du capitalisme, la domination de la technique. Nous sommes en phase de sortie de l’âge du Père.
Un autre discours est en voie de supplanter l’ancien. L’innovation à la place de la tradition. Plutôt que la hiérarchie, le réseau. L’attrait de l’avenir l’emporte sur le poids du passé. Le féminin prend le pas sur le viril. Là où c’était un ordre immuable, des flux transformationnels repoussent incessamment toute limite.
Freud est de l’âge du Père. Il a beaucoup fait pour le sauver. L’Église a fini par s’en apercevoir. Lacan a suivi la voie frayée par Freud, mais elle l’a conduit à poser que le Père est un symptôme. Il le montre ici sur l’exemple d’Hamlet.
Ce que l’on a retenu de Lacan – la formalisation de l’OEdipe, l’accent mis sur le Nom-du-Père – n’était que son point de départ. Le Séminaire VI déjà le remanie : l’OEdipe n’est pas la solution unique du désir, c’est seulement sa forme normalisée ; celle-ci est pathogène ; elle n’épuise pas le destin du désir. D’où l’éloge de la perversion qui termine le volume. Lacan lui donne la valeur d’une rébellion contre les identifications assurant le maintien de la routine sociale. Ce Séminaire annonçait « le remaniement des conformismes antérieurement instaurés, voire leur éclatement ». Nous y sommes. Lacan parle de nous.

 

Intro,
Emmanuel Fleury

VII

L'éthique de la psychanalyse

1959-1960

Il convient que nous nous arrêtions à ce défilé, à ce passage étroit où Freud lui-même s’arrête, et recule avec une horreur motivée. Tu aimeras ton prochain comme toi-même – ce commandement lui paraît inhumain.
Ne peut-on dire que Sade nous enseigne une tentative de découvrir les lois de l’espace du prochain comme tel ? – ce prochain en tant que le plus proche, que nous avons quelquefois, et ne serait-ce que pour l’acte de l’amour, à prendre dans nos bras. Je ne parle pas ici d’un amour idéal, mais de l’acte de faire l’amour.
Nous savons très bien combien les images du moi peuvent contrarier notre propulsion dans cet espace.
De celui qui s’y avance dans un discours plus qu’atroce, n’avons-nous pas quelque chose à apprendre sur les lois de cet espace en tant que nous y leurre la captivation imaginaire par l’image du semblable ?

(Extrait du chapitre XV)

 
Intro,
Pauline. Prost
VIII

Le transfert,

1960-1961

 

Alcibiade a voulu subordonner Socrate à l’objet de son désir à lui, Alcibiade, qui est agalma, le bon objet. Comment ne pas reconnaître, nous analystes, ce dont il s’agit ? C’est dit en clair : c’est le bon objet que Socrate a dans le ventre. Socrate n’est plus là que l’enveloppe de ce qui est l’objet du désir.
C’est pour bien marquer qu’il n’est que cette enveloppe, qu’Alcibiade a voulu manifester que Socrate est, par rapport à lui, le serf du désir, que Socrate lui est asservi par le désir. Le désir de Socrate, encore qu’il le connût, il a voulu le voir se manifester dans son signe, pour savoir que l’autre, objet, agalma, était à sa merci.
Or, c’est justement d’avoir échoué dans cette entreprise qui pour Alcibiade le couvre de honte (…) C’est que devant tous est dévoilé dans son trait le secret le plus choquant, le dernier ressort du désir, qui oblige toujours dans l’amour à le dissimuler plus ou moins sa visée est la chute de l’Autre, A, en autre, a.

(Extrait du chapitre XII)

 
Intro,
Yves-Claude. Stavy
IX

L'identification,

1961-1962

 
L'identification, si nous la prenons pour titre, pour thème de notre propos, il convient que nous en parlions autrement que sous la forme, on peut dire mythique sous laquelle je l'ai quittée l'année dernière. Il y avait quelque chose de cet ordre, (->p2) (I/2) de l'ordre de l'identification éminemment, qui était intéressé, vous vous souvenez, dans ce point où j'ai laissé mon propos l'année dernière, à savoir où - si je puis dire - la nappe humide à laquelle vous vous représentez les effets narcissiques qui cernent ce roc, ce qui restait émergé dans mon schéma, ce roc auto-érotique dont le phallus symbolise 1'émergence : île en somme battue par l'écume d'Aphrodite, fausse île puisque d'ailleurs aussi bien comme celle où figure le Protée de Claudel, c'est une île sans amarres, une île qui s'en va à la dérive. Vous savez ce que c'est que le Protée de Claudel. C'est la tentative de compléter l'Orestie par la farce bouffonne qui dans la tragédie grecque, obligatoirement la complète et dont il ne nous reste dans toute la littérature que deux épaves de Sophocle et un Héraclès d'Euripide, si mon souvenir est bon. Sémoinaire du 15 novembre 1961, p1.

 
Intro,
Elodie. Chopard
NdP

Les Noms du père,

1963


image non Seuil !

Ce qui ne s'enseigne pas ?

DES NOMS-DU-PÈRE

Le Nom-du-Père, quel succès ! Cela parle à tout le monde. La paternité n'a que peu d'évidence naturelle, c'est d'abord un fait de culture. « Le Nom-du-Père, dit Lacan, crée la fonction du père. » Mais alors, ce pluriel, d'où vient-il ?
Il n'est pas païen, il est dans la Bible. Celui qui parle dans le buisson ardent dit de lui-même qu'Il n'a pas qu'un seul Nom. Entendons : le Père n'a pas de Nom propre. Ce n'est pas une figure, c'est une fonction. Le Père a autant de Noms qu'elle a de supports.
Sa fonction ? La fonction religieuse par excellence, celle de lier. Quoi ? Le signifiant et le signifié, la Loi et le désir, la pensée et le corps. Bref, le symbolique et l'imaginaire. Seulement, si ces deux se nouent à trois avec le réel, le Nom-du-Père n'est plus qu'un semblant. En revanche, si sans lui tout se défait, il est le symptôme du noeud raté.

 
Intro, 2, ?
X

L'angoisse,

1962-1963

Ce séminaire porte sur la problématique : comment s'arrange-t-on avec l'angoisse ? J. Lacan lui-même y voyait le point de rendez-vous de sa réflexion. (Electre-2026)

Tout ce que nous savons d'absolument nouveau et original sur la structure du sujet et la dialectique du désir que nous avons à articuler, nous analystes, nous l'avons appris par quelle voie ? Par la voie de l'expérience du névrosé. Or, que nous a dit Freud à ce propos ? Que le dernier terme où il soit arrivé en élaborant cette expérience, son point d'arrivée, sa butée, le terme pour lui indépassable, c'est l'angoisse de castration.
Qu'est-ce à dire ? Ce terme est-il indépassable ? Que signifie cet arrêt de la dialectique analytique sur l'angoisse de castration ? Ne voyez-vous pas déjà, dans le seul usage du schématisme que j'emploie, se dessiner la voie par où j'entends vous conduire ? Elle part d'une meilleure articulation de ce fait de l'expérience que Freud a désigné dans la butée du névrosé sur l'angoisse de castration. L'ouverture que je vous propose, la dialectique qu'ici je vous démontre, permet d'articuler que ce n'est point l'angoisse de castration en elle-même qui constitue l'impasse dernière du névrosé.

(Extrait du chapitre IV)
L'insecte qui se promène à la surface de la bande de M?bius, s'il a la représentation de ce que c'est qu'une surface, peut croire à tout instant qu'il y a une face qu'il n'a pas explorée, celle qui est toujours à l'envers de celle sur laquelle il se promène. Il peut croire à cet envers, alors qu'il n'y en a pas, comme vous le savez. Lui, sans le savoir, explore la seule face qu'il y ait, et pourtant, à chaque instant, il y a bien un envers.
Ce qui lui manque pour s'apercevoir qu'il est passé à l'envers, c'est la petite pièce qu'un jour j'ai matérialisée, construite, pour vous la mettre dans la main, celle que vous dessine cette façon de couper le cross-cap. Cette petite pièce manquante, c'est une sorte de court-circuit qui l'amènerait, par le chemin le plus court, à l'envers du point où il était l'instant d'avant.
Cette petite pièce manquante, le a dans l'occasion, l'affaire est-elle donc résolue parce que nous la décrivons sous cette forme paradigmatique ? Absolument pas, car c'est le fait qu'elle manque qui fait toute la réalité du monde où se promène l'insecte. Le petit huit intérieur est bel et bien irréductible. Autrement dit, c'est un manque auquel le symbole ne supplée pas.
(Extrait du chapitre X)

 
Intro,
Gilbert Diatkine
XI

Les quatre concepts de la psychanalyse ou Les fondements de la psychanalyse,

1963-1964

L'hospitalité reçue de l'Ecole normale supérieure, un auditoire très accru indiquaient un changement de front de notre discours.
Pendant dix ans, il avait été dosé aux capacités de spécialistes ; sans doute seuls témoins recevables de l'action par excellence que leur propose la psychanalyse, mais, aussi bien, que les conditions de leur recrutement laissent très fermés à l'ordre dialectique qui gouverne cette action.
Nous avons mis au point un organon à leur usage, en l'émettant selon une propédeutique qui n'en avançait aucun étage avant qu'ils aient pu mesurer le bien-fondé du précédent.
C'est la présentation que nous devions renverser, nous parut-il, trouvant dans la crise moins l'occasion d'une synthèse que le devoir d'éclairer l'abrupt du réel que nous restaurions dans le champ légué par Freud à nos soins.

Préface à l'édition anglaise du
S XI, p571, Ae,

Postface au S XI, p503, Ae,

 

Intro,
Jacques. Lacan
XII

Problèmes cruciaux pour la psychanalyse

ou

les positions subjectives de l'être,

1964-1965

 

Je vous livre une anecdote que m’avait confiée Lacan. Il témoignait à son ami Roman Jakobson de son embarras à nommer son prochain Séminaire. « Quand cela m’arrive, répondit l’éminent linguiste, je mets “Problèmes”. »
Cet embarras, je le rapporte au tournant majeur que marque ce Séminaire. Les premiers étaient chacun appendus à une œuvre de Freud, dont ils proposaient un commentaire, certes buissonnier et extensif. Le Séminaire XI, celui des Quatre concepts fondamentaux, avait valeur de synthèse finale de cette première époque. La seconde commence avec nos Problèmes cruciaux. Désormais, les Séminaires porteront sans médiation sur les apports originaux de Lacan.
Bien qu’éparpillé conformément à son titre, le présent Séminaire n’en a pas moins, selon Lacan, un centre, à savoir « l’être du sujet ». Mais attention, il s’agit du sujet lacanien, S/ , c’est-à-dire divisé, fendu, qui n’a rien à voir avec l’unité d’un ego. Est-ce un concept ? Plutôt une écriture, aux sens multiples. Elle ne se laisse pas enfermer dans une définition, on ne l’approche que par une série de formules et de figures.
Parmi les formules, se détache « le signifiant représente le sujet pour un autre signifiant », transformation de la définition du signe comme représentant quelque chose pour quelqu’un. Des figures topologiques, dont la première est la fameuse bande de Möbius, sont là qui illustrent différents états de la structure subjective. « Problèmes cruciaux » constitue un redépart de l’enseignement de Lacan. Bien des développements à venir sont ici amorcés.

 

Intro,
Elodie. Chopard

XIII

L'objet de la psychanalyse,

1965-1966

Michel Foucault est l'homme du jour. Son livre, Les Mots et les Choses , connaît un succès foudroyant. Le structuralisme est alors à son zénith et Foucault s'en est fait l'" archéologue ". Le Tout-Paris diplômé bruisse de son nom, Sartre est donné pour mort, le jeune universitaire est l'héritier du trône. Voilà celui qui, sans bruit, vient prendre place au Séminaire, alors formidable caisse de résonance. Lacan, toujours à l'affût du dernier cri, avait voulu " l'avoir ". En hommage, il partira du premier chapitre du " best-seller ", une analyse qu'on s'accorde à dire éblouissante du tableau des Ménines . Il faut le voir, Lacan, cajolant son invité, sollicitant son approbation, déroulant une sorte de parade nuptiale intellectuelle. Foucault hoche du chef, se laisse arracher un bout de phrase, sourit. Il n'est pas dupe, il me le dira à la sortie : tout en le couvrant de fleurs, le psychanalyste lui avait fait la leçon. Le public n'y vit que du feu. Il fallut à Lacan encore deux séances pour porter l'estocade, et faire comprendre qu'aux Ménines le philosophe n'avait compris que dalle. Je force le trait sans doute. Mais ce fut du haut comique. L'apogée de ce livre. Quel était donc l'objet qu'annonçait son titre ? Sinon l'illustre " objet petit a ", tout à la fois cause du désir et " plus-de-jouir ". Comme d'habitude, le Séminaire avance " à sauts et à gambades " (Montaigne), musarde et digresse, mais autour d'un axe, et c'est l'" objet regard ". L'oeuvre de Vélasquez était donc venue à Lacan comme bague au doigt. Jacques-Alain Miller.

 
Intro, Moustapha. Safouan
XIV

La logique du fantasme,

1966-1967

« Logique du fantasme », l’expression revient tout du long du Séminaire comme un leitmotiv. Cependant, nulle leçon ne lui est consacrée, ni même un développement un peu soutenu. Est-ce à dire que la logique du fantasme joue ici le rôle d’une Arlésienne nouvelle manière ? Non, si l’on veut bien admettre que cette logique est le point de convergence des propos de Lacan, ce que j’ai voulu indiquer en intitulant le tout dernier chapitre « L’axiome du fantasme ».
C’est ainsi qu’il commence en croisant audacieusement le groupe mathématique de Klein avec le cogito cartésien, modifié de manière à délivrer l’alternative « Ou je ne suis pas, ou je ne pense pas ». D’où Lacan trouve occasion à résumer en quatre temps le cours d’une analyse.
Autre croisement mathématico-psychanalytique : l’acte sexuel éclairé à partir du Nombre d’or. Il s’ensuit qu’ « il n’y a pas d’acte sexuel », amorce de ce dit devenu pont-aux-ânes : « il n’y a pas de rapport sexuel ».
On trouvera aussi l’invention d’une « valeur de jouissance », inspirée par Marx, et on aura la surprise de voir le grand Autre, « lieu de la parole », nouvellement défini comme « le corps », lieu primordial de l’écriture.
Bien d’autres vues et constructions saisissantes attendent le lecteur s’il veut bien suivre dans ses méandres, piétinements, revirements, et aussi avancées et fulgurances, une pensée obstinée et profondément honnête, qui, lorsqu’elle rencontre telle pierre d’achoppement, ne la contourne jamais, mais s’emploie à en faire une pierre angulaire.

 
Intro,
Elodie Chopard
XV

L'Acte psychanalytique,

1967-1968

Ce Séminaire marque un tournant. Il traite d'une question et d'une seule, à laquelle Lacan n'avait jusqu'alors répondu que de biais : qu'est-ce qu'un analyste ? Réponse : c'est un analysant (mot que Lacan substitue à celui d'analysé) qui a mené à son terme l'expérience analytique. Quel est ce terme idéal ? Pour le savoir, il convient d'articuler la logique du parcours d'une analyse. A son commencement, il y a un désir inédit, qui suppose un franchissement, c'est-à-dire un acte, à l'instar de César passant le Rubicon. Cet acte est celui de l'analysant, mais l'acte psychanalytique proprement dit, c'est le psychanalyste qui l'accomplit, en ouvrant à cet analysant le champ dit du "sujet supposé savoir" où se déchiffre l'inconscient. Au terme, le s.s.s. s'évanouit, tandis que l'analyste, son support, est évacué comme le déchet de l'opération, tel Oedipe finissant sa vie les yeux crevés. L'analysé devenu analyste prend son relais. Et pourquoi ? - alors qu'il sait maintenant ce qui l'attend. Quelques leçons sont consacrées à la logique de la quantification, dont Lacan commence l'exploration, qui débouchera plus tard sur sa théorie de la sexuation. La conclusion, inopinée, voit Lacan commenter à chaud les événements de Mai 68, contemporains de la fin du Séminaire. Jacques-Alain Miller.

 
Intro,
Michel. Berlin
XVI

D'un Autre à l'autre,

1968-1969

D'un Autre à l'autre
Je lis sous la plume de Sollers que Claudel est d'abord pour lui celui qui a écrit : « Le Paradis est autour de nous à cette heure même avec toutes ses forêts attentives comme un grand orchestre invisiblement qui adore et qui supplie. Toute cette invention de l'Univers avec ses notes vertigineusement dans l'abîme une par une où le prodige de nos dimensions est écrit. »
Eh bien, Lacan est pour moi celui qui dit dans ce Séminaire : « L'enfer, ça nous connaît, c'est la vie de tous les jours. »
C'est la même chose ? Ah, je ne crois pas. Ici, pas d'adoration, pas d'orchestre invisible, ni vertiges ni prodiges.
Commençons par la fin : Lacan « évacué » de la rue d'Ulm avec ses auditeurs, non sans résistance et tapage. L'épisode défraya la chronique. Qu'avait-il donc fait pour mériter ce sort ? S'adresser, non pas seulement aux psychanalystes, mais à une jeunesse encore grisée par les événements de mai, qui l'accepte pourtant comme un maître du discours dans le même temps où elle rêve de subvertir l'Université. Que leur avait-il dit ? Que « Révolution » veut dire revenir à la même place. Que le savoir impose désormais sa loi au pouvoir, et qu'il est devenu immaîtrisable. Que la pensée est comme telle une censure. Il leur parle de Marx, mais aussi du Pari de Pascal, qui devient entre ses mains une nouvelle version de la dialectique du maître et de l'esclave, et aussi des fondements de la théorie des ensembles. On passe à une clinique de la perversion, aux modèles de l'hystérique et de l'obsessionnel. Tout cela communique, scintille, captive.
Entre les lignes, se poursuit le dialogue de Lacan avec lui-même sur le sujet de la jouissance, et le rapport de celle-ci avec la parole et le langage.

 
Intro,
Catherine Bonningue
XVII

La psychanalyse à l'envers,

L'envers de la psychanalyse,

1969-1970

[On peut] trouver à justifier avec mes petits schémas, que l'étudiant n'est pas déplacé à se sentir frère, comme on dit, non pas avec le prolétariat, mais avec le sous-prolétariat.
Le prolétariat, il est comme la plèbe romaine - c'étaient des gens très distingués. La lutte de classe contient peut-être cette petite source d'erreur au départ, que ça ne se passe absolument pas sur le plan de la vraie dialectique du discours du maître - ça se place sur le plan de l'identification. Senatus Populusque Romanus. Ils sont du même côté. Et tout l'Empire, c'est les autres en plus.
Il s'agit de savoir pourquoi les étudiants se sentent avec les autres en plus. Ils ne semblent pas du tout voir clairement comment en sortir.
Je voudrais leur faire remarquer qu'un point essentiel du système est la production - la production de la honte. Cela se traduit - c'est l'impudence.
C'est pour cette raison que ce ne serait peut-être pas un très mauvais moyen que de ne pas aller dans ce sens-là.

(Extrait du chapitre XIII - Juin 1970)

 
Intro,
Jean-Luc. Monnier
XVIII

D'un discours qui ne serait pas du semblant,

1971

Ceci et un livre sur l'écriture. Mais d'écrit, il y en a plus d'un. Ce que l'on remarque d'abord, ce sont les caractères chinois qui parsèment plusieurs chapitres. Lacan préparait ainsi un voyage en Chine avec Barthes et Sollers. Il y renonça, pour une virée au Japon, dont on a ici le journal, conceptuel plutôt qu'anecdotique. Un autre mode d'écriture est encore sollicité : les formules logiques de la quantification, traduisant « tous », « aucun », « quelques-uns qui ? », quelques-uns qui ? ne ? pas ». Il en ressort que le « rapport sexuel », lui, n'est pas susceptible d'être écrit. Et il y a enfin les cris. « Un homme et une femme peuvent s'entendre. Ils peuvent s'entendre crier ». Un pessimisme joyeux imprègne cette sagesse, qui arrive toute fraîche de l'année 1970-1971. Elle pousse à conclure qu'il n'y a aucun discours qui ne prenne son départ d'un semblant porté à la fonction de maître-mot (« le signifiant-maître »). 

["Introduction au titre de ce Séminaire","L'homme et la femme","Contre les linguistes","L'écrit et la vérité","L'écrit et la parole","D'une fonction à ne pas écrire","Leçon sur Lituraterre"," L'homme et la femme et la logique"," Un homme et une femme et la psychanalyse","Du mythe que Freud a forgé"]

 
Intro, Dominique. Laurent
XIX

... ou pire,

1971-1972

 

Rencontre fortuite d'une machine à coudre et d'un parapluie. Rencontre impossible de la baleine et de l'ours blanc. L'une, forgerie de Lautréamont ; l'autre, ponctuation de Freud. Toutes deux, mémorables. Pourquoi ? Certainement, elles chatouillent quelque chose en nous. Lacan dit quoi. Il s'agit de l'homme et de la femme.

Entre les deux, point d'accord ni d'harmonie, pas de programme, rien de pré-établi : tout est livré au petit bonheur la chance, ce qui s'appelle en logique modale la contingence. On n'en sort pas. Pourquoi est-elle fatale, c'est-à-dire nécessaire ? Il faut bien penser qu'elle procède d'une impossibilité. D'où le théorème : «Il n'y a pas de rapport sexuel.» Cette formule est aujourd'hui fameuse.

À la place de ce qui ainsi fait trou dans le réel, il y a pléthore : images qui leurrent et qui enchantent, discours qui prescrivent ce que ce rapport doit être. Ce ne sont que des semblants, dont la psychanalyse a rendu l'artifice patent pour tous. Au XXIe siècle, c'est acquis. Qui croit encore que le mariage ait un fondement naturel ? Puisque c'est un fait de culture, on s'adonne à l'invention. On bricole de toutes parts d'autres constructions. Ce sera mieux... ou pire.

«Y a de l'Un.» Au coeur du présent Séminaire, cet aphorisme, passé inaperçu, complète le «Il n'y a pas» du rapport sexuel, en énonçant ce qu'il y a. Entendez, l'Un-tout-seul. Seul dans sa jouissance (foncièrement auto-érotique) comme dans sa signifiance (hors sémantique). Ici commence le dernier enseignement de Lacan. Tout est là de ce qu'il vous a appris, et pourtant tout est neuf, renouvelé, sens dessus dessous.

Lacan enseignait le primat de l'Autre dans l'ordre de la vérité et celui du désir. Il enseigne ici le primat de l'Un dans la dimension du réel. Il récuse le Deux du rapport sexuel comme celui de l'articulation signifiante. Il récuse le grand Autre, pivot de la dialectique du sujet, il lui dénie l'existence, et le renvoie à la fiction. Il dévalorise le désir, et promeut la jouissance. Il récuse l'Être, qui n'est que semblant. L'hénologie, doctrine de l'Un, surclasse ici l'ontologie, théorie de l'Être. L'ordre symbolique ? Ce n'est rien d'autre dans le réel que l'itération du Un. D'où l'abandon des graphes et des surfaces topologiques au profit des noeuds, faits de ronds de ficelle qui sont des Uns enchaînés.

Souvenez-vous : le Séminaire XVIII soupirait après un discours qui ne serait pas du semblant. Eh bien, avec le Séminaire XIX, voici l'essai d'un discours qui prendrait son départ du réel. Pensée radicale de l'Un-dividualisme moderne.

 
Intro, Elodie.Chopard
XX

Encore,

1972-1973

Vous n'avez qu'à aller regarder à Rome la statue du Bernin pour comprendre tout de suite qu'elle jouit, sainte Thérèse, ça ne fait pas de doute. Et de quoi jouit-elle ? Il est clair que le témoignage essentiel des mystiques c'est justement de dire qu'ils l'éprouvent, mais qu'ils n'en savent rien.

Ces jaculations mystiques, ce n'est ni du bavardage, ni du verbiage, c'est en somme ce qu'on peut lire de mieux. Tout à fait en bas de page, note - Y ajouter les Ecrits de Jacques Lacan, parce que c'est du même ordre. Ce qui se tentait à la fin du siècle dernier, au temps de Freud, ce qu'ils cherchaient, toutes sortes de braves gens dans l'entourage de Charcot et des autres, c'était de ramener la mystique à des affaires de foutre. Si vous y regardez de près, ce n'est pas ça du tout. Cette jouissance qu'on éprouve et dont on ne sait rien, n'est-ce pas ce qui nous met sur la voie de l'ex-sistence ? Et pourquoi ne pas interpréter une face de l'Autre, la face Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ?
["De la jouissance","A Jakobson","La fonction de l'écrit","L'amour et le signifiant","Aristote et Freud : l'autre satisfaction","Dieu et la jouissance de La femme","Une lettre d'âmour","Le savoir et la vérité","Du baroque","Ronds de ficelle","Le rat dans le labyrinthe"]

 
Intro, François. Regnault
XXI

Les non-dupes errent,

1973-1974

n-éd

   
XXII

R.S.I,

1974-1975

n-éd

   
XXIII

Le sinthome,

1975-1977

Dix fois, un vieillard aux cheveux blancs paraît sur la scène. Dix fois souffle et soupire. Dix fois dessine lentement d'étranges arabesques multicolores qui se nouent entre elles et aux méandres et volutes de sa parole tour à tour embarrassée et déliée. Ils sont une foule à contempler médusés l'homme-énigme, et à recevoir l'ipse dixit en espérant une illumination qui se fait attendre.
Non lucet, il ne fait pas clair là-dedans, et les Théodore cherchent des allumettes. Pourtant, se disent-ils, cuicumque in sua arte perito credendum est, qui a prouvé être habile en son art mérite créance. À partir de quand quelqu'un est-il fou? Le maître lui-même pose la question.
C'était jadis. C'étaient les mystères de Paris il y a trente ans.
Tel Dante prenant la main de Virgile pour s'avancer dans les cercles de l'Enfer, Lacan prenait celle de James Joyce, l'illisible Irlandais, et, à la suite de ce fluet Commandeur des Incroyants, entrait d'un pas lourd et trébuchant dans la zone incandescente où brûlent et se tordent femmes-symptômes et hommes-ravages.
Une troupe équivoque l'assistait cahin-caha: son gendre; un écrivain ébouriffé, alors jeune et tout aussi illisible; deux mathématiciens dialoguant; et un professeur lyonnais attestant le sérieux de toute l'affaire. Quelque Pasiphaé discrète s'employait derrière le rideau.
Riez, braves gens! Je vous en prie. Moquez-vous! Notre illusion comique est là pour ça. Ainsi ne saurez-vous rien de ce qui se déroule sous vos yeux écarquillés: la mise en question la plus méditée, la plus lucide, la plus intrépide, de l'art sans pareil que Freud inventa, et que l'on connaît sous le pseudonyme de psychanalyse.

 
Intro, Sophie Marret-Maleval
XXIV

L'insu que sait de l'une bévue s'aile a mourre,

1976-1977

n-éd    
Intro,
XXV

Le moment de conclure,

1977-1978

n-éd    
Intro,
XXVI

La topologie et le temps,

1978-1979

n-éd    
Intro,
XXVII

Disssolution,

1980-1981

n-éd    
Intro,