Entretien avec Jacques-Alain Miller
propos recueillis par Jean BIRNBAUM

LE MONDE DES LIVRES | 12.04.01 | 12h22

Entretien avec Jacques-Alain Miller, gendre de Lacan et éditeur du "Séminaire" et des "Autres écrits".    161 lignes

..................ci dessous EXTRAIT de l'article

- Vingt ans après sa mort, nous ne disposons toujours pas du corpus lacanien dans son ensemble. Faut-il analyser ce délai comme une résistance du discours lacanien lui-même à faire "œuvre"?

 

- Oui, le "corpus" lacanien ! Eh bien, il remue encore ! Plus profondément, je crois qu'il y a quelque chose de Lacan et de la psychanalyse elle-même qui reste en souffrance, qui n'a pas trouvé sa destination. Et cet "en souffrance" trouve à s'exprimer par exemple dans la sommation que les Séminaires soient tous publiés, et fissa, comme dit le juge de Plantu, ce qui leur donne un petit air de "lettre volée". Ses Séminaires ont longtemps embarrassé Lacan, il les a laissés vingt ans sans en autoriser aucune publication, et on aurait pu imaginer qu'ils soient divulgués comme des documents d'archives. Nombre de ses élèves s'y sont cassé les dents, c'est ma façon de faire qu'il a aimée, celle que j'ai inventée pour répondre à son défi. J'aurais été ravi de le convaincre d'en distribuer le labeur, mais il n'y a rien eu à faire ! Il m'a voulu pour coauteur, il m'en a donné le statut. Il faut donc penser que ce n'était pas son idée qu'on en finisse si vite.

Au reste, vous n'avez pas un corpus, vous en avez plusieurs ! Le signifiant a ses voies propres. Vous savez bien que l'on pirate, que des sténographies, des notes, circulent dans de multiples versions. Loin de le déplorer, j'y applaudis, tant que cela reste d'ordre scientifique. Et dès lors qu'il n'y a pas d'acte de commerce, pas de dépôt légal, et que cela permet aux chercheurs de s'y reporter, vous remarquerez que Le Seuil n'intervient pas. Il reste que, conformément aux dispositions prises par Lacan, il y a un seul éditeur, un seul contrat d'édition, une seule publication autorisée. Il suffit que chacun connaisse son registre.